Allergies alimentaires chez l’enfant : vers la fin du régime strict d’éviction ?

13 avril 2018

Les régimes d’éviction stricte, contraignants, sont encore très fréquemment prescrits chez les enfants allergiques alimentaires. Or, les études s’accumulent et confirment que le faible pourcentage d’enfants hyper-réactifs à l’arachide, à l’œuf etc. ne justifie pas que l’on mette toute une population d’enfants allergiques sous régime d’éviction strict. La grande majorité d’entre eux peut bénéficier d’un régime assoupli. Explications.

Au nom du principe de précaution…

Aujourd’hui, chez les enfants allergiques alimentaires, les protocoles de réintroduction des aliments sont fondés sur le seuil réactogène, c’est-à-dire que leur objectif est de provoquer une réaction. La progression des doses se fait toutes les 15 à 30 minutes. Or, en plus d’être risqués, ils ne permettent pas d’imputer de façon certaine la réaction survenue à une dose précise, la réaction allergique pouvant être rapide à la dernière dose, lente à la 4ème ou à plusieurs doses cumulées.

Dr Martine Drouet (Unité d’Allergologie Générale, CHU d’Angers) : « Dans le doute, de nombreux régimes d’éviction stricts sont maintenus, alors même qu’ils ne sont pas justifiés ».

Un régime assoupli pour 70% des enfants allergiques à l’arachide

Pour tenter de libérer certains enfants des contraintes souvent inutiles d’un régime alimentaire strict, une étude a été conduite dans plusieurs centres d’allergologie français selon des critères de fiabilité élevés (en « double aveugle contre placebo »). L’objectif de l’essai MANOE était de mettre au point un test pratique et standard de réactivité allergique – ce qui n’existe pas à l’heure actuelle – au moyen de faibles doses croissantes d’allergènes alimentaires.

En pratique, quatre petites doses d’aliments (arachide, lait de vache, œuf cuit, blé) ont été réintroduites toutes les 90 minutes chez les enfants de 1 à 16 ans ayant une allergie immédiate (via les anticorps IgE).

Il ne s’agit plus alors de déclencher une réaction comme dans les protocoles de réintroduction, mais de vérifier la tolérance des petites doses sans, si possible, déclencher de réaction clinique. Les médecins ont pu ainsi repérer précisément la dose d’allergènes maximale tolérée par chacun des enfants de l’étude, et assouplir une bonne partie des régimes d’éviction. Les résultats obtenus avec l’arachide révèlent que les enfants hyper-réactifs aux protéines d’arachide ne sont pas si nombreux, moins de 30%. 71,7% des enfants de l’étude sous régime d’éviction strict étaient tolérants, c’est-à-dire sans symptômes ou avec des symptômes subjectifs.

Ces enfants tolérants se sont vus prescrire un régime assoupli, c’est-à-dire l’autorisation de consommer des « traces » et de l’huile d’arachide.

Vers un nouveau test de réactivité allergique ?

Les visites de suivi à trois mois ont été rassurantes quant à la sécurité de la prescription du régime assoupli : seuls trois enfants ont présenté une réaction après consommation de traces, et celle-ci était mineure.

Par ailleurs, les résultats avec les allergies à l’œuf cuit et au lait de vache étaient similaires, avec respectivement près de 80%, et de 83% d’enfants tolérants.

Ces données vont être mises à l’épreuve à plus large échelle mais suggèrent d’ores et déjà que le pourcentage d’enfants réellement hyper-réactifs est faible.

Dr Martine Drouet (Unité d’Allergologie Générale, CHU d’Angers), coordonnatrice de l’étude MANOE : « De plus, nous avons remarqué que le régime d’éviction est plus ancien chez les enfants non-tolérants que chez les tolérants, illustrant le fait que le risque de non-tolérance augmente avec la rigueur du régime. Parce qu’un régime d’éviction strict conduit sur le long terme semble favoriser l’intolérance, il est impératif s’assouplir le régime alimentaire de ces enfants ; on ne leur rend pas service en les maintenant sous régime d’éviction ».

D’après une interview du Dr Martine Drouet (Unité d’Allergologie Générale, CHU d’Angers), et le suivi des Journées francophones de nutrition (décembre 2017, Nantes) par Hélène Joubert, journaliste