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Obésité : ces maladies associées auxquelles on ne pense pas

Obésité : ces maladies associées auxquelles on ne pense pas

L'obésité n'est pas qu'un tour de taille ou une considération esthétique. Etre obèse est une maladie en soi, source de bien des maux. Si l'on connait le diabète, l'hypertension artérielle ou l'arthrose, on ignore souvent la réalité du risque de cancer lié à l'obésité mais aussi de syndrome des apnées du sommeil ou de lithiase biliaire.Revue de détail avec le Pr Jean-Michel Oppert, chef de service de Nutrition à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

 

De l'obésité aux maladies des tissus adipeux

L'obésité est un excès de masse grasse corporelle qui entraîne des conséquences néfastes sur la santé, selon l'Organisation Mondiale de la Santé. L'indicateur pour approcher cet excès de masse grasse est l'indice de masse corporelle (IMC), supérieur à 30 kg/m². Il n'est cependant pas parfait car les maladies associées et engendrées par cet excès pondéral ne dépendent pas uniquement de la quantité de la masse grasse mais aussi de sa répartition, de la composition corporelle (rapport masse grasse/masse maigre), de l'âge et de l'ethnie. C'est pourquoi, il serait plus juste de parler de "maladies des tissus adipeux" plutôt que d'obésité.

L'obésité abdominale est la plus problématique vis-à-vis du risque pour la santé car elle prédispose notamment au diabète et aux complications cardiovasculaires. En revanche, lorsque le tissu adipeux est réparti de façon globale ou concentré sur la partie inférieure du corps, il expose plutôt à des complications mécaniques (arthrose des genoux, insuffisance veineuse etc.).

 

Obésité : la liste des maux

  • Le diabète de type 2

80% des diabétiques de type 2 sont en surpoids ou obèse. Et parmi les personnes obèses, environ 30 à 40 % sont diabétiques de type 2. Tous les personnes obèses ne deviennent pas diabétiques. Des antécédents familiaux de diabète et une durée d'obésité longue accroissent le risque de diabète chez des personnes obèses.

Les premiers des traitements sont l'activité physique et les adaptations alimentaires. Néanmoins, cela devient très vite insuffisant. La palette des médicaments ne cesse de s'élargir et certaines molécules récentes ont l'avantage de faire perdre quelques kilos, (analogues du GLP1, par exemple) en même temps qu'elles améliorent l'équilibre glycémique. Ce médicament n'est cependant pas autorisé en Europe pour traiter uniquement l'obésité.

 

  • L'hypertension artérielle

40% des personnes obèses ont une hypertension artérielle. L'obésité abdominale favorise ce risque. Normaliser la tension est le seul moyen de protéger nos artères du vieillissement et de ses complications cardiovasculaires. La perte pondérale permet une amélioration de l'hypertension artérielle, mais elle peut être insuffisante. Globalement, la perte de poids, la limitation de la quantité des aliments riches en sel caché et l'augmentation de l'activité physique régulière ont une certaine efficacité. Néanmoins, celle-ci est plus faible que les médicaments antihypertenseurs.

 

  • L'excès de cholestérol et de triglycérides

Le syndrome métabolique est un ensemble de signes avant-coureurs de risque de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. L'obésité abdominale est l'une de ses composantes, avec l'élévation de la pression artérielle et de la glycémie. Une autre est la perturbation des lipides, caractérisée par une augmentation des triglycérides et une baisse du HDL-cholestérol (le « bon cholestérol »). L'obésité abdominale contribue à une résistance des tissus à l'action de l'insuline, d'où une glycémie (taux de sucre dans le sang) qui s'élève et qui conduit au diabète, une hypertension artérielle mais aussi des anomalies lipidiques.

 

  • Les maladies cardiovasculaires

L'obésité prédispose à des anomalies du muscle cardiaque comme la très fréquente hypertrophie du ventricule gauche. En réponse à l'augmentation du débit sanguin cardiaque, le coeur va s'hypertrophier. Si des anomalies respiratoires s'ajoutent, la personne obèse peut développer une insuffisance cardiaque globale.

Par ailleurs, le risque de syndrome coronaire aigu (infarctus du myocarde et menaces d'infarctus appelées "angor instable") est augmenté dans la population obèse, dû en grande partie à l'augmentation du nombre des facteurs de risque (plus souvent le diabète, l'hypertension et les dyslipidémies).

L'obésité fait aussi partie des facteurs de risque de mort subite. Le taux annuel de mort subite est 40 fois plus élevé chez les personnes obèses (célèbre étude de Framingham), comparé aux non-obèses.

Le risque d'accident vasculaire cérébral est lui aussi augmenté, bien que les données ne soient pas toutes concordantes.

Enfin, l'obésité augmente le risque de problèmes veineux au niveau des membres inférieures avec un risque accru de phlébites, d'embolies pulmonaires et plus globalement de lymphoedème (accumulation de la lymphe dans les tissus conjonctifs, qui donnent aux jambes un aspect gonflé).

 

  • Le syndrome des apnées obstructives du sommeil

Jusqu'à 40 % des personnes obèses présentent un syndrome des apnées obstructives du sommeil (SAOS), se manifestant par une fatigue, une somnolence ou des troubles de la concentration. Et parmi ceux qui en souffrent, 30% sont obèses. Les apnées du sommeil sont surtout une cause importante d'hypertension artérielle. A un stade sévère, le risque d'accident cardiovasculaire est au moins triplé.

Par ailleurs, une autre complication respiratoire de l'obésité est l'essoufflement (dyspnée). Les troubles de la ventilation sont très fréquents en cas de surpoids ou d'obésité.

Quant à l'asthme, il est souvent associé à l'obésité, sans qu'il soit possible d'affirmer qu'il est une complication de celle-ci. Les deux ont une forte composante inflammatoire à bas bruit, chronique.

 

  • Les atteintes articulaires

L'arthrose du genou, appelée aussi gonarthrose (usure du cartilage des articulations) est mécaniquement liée au stress mécanique dû à l'excès de poids. La perte de poids permet de réduire les contraintes articulaires mais n'est pas toujours suffisante pour soulager les symptômes.

Les autres atteintes articulaires (arthrose des hanches, des mains, des doigts, inflammation des disques vertébraux etc.) sont pour leur part aggravées par l'excès pondéral qui agit via l'accumulation dans le tissu gras de substances (cytokines) qui se nichent dans des articulations, agissant à la fois au niveau systémique (général) et local.

Perdre du poids est aussi bénéfique sur la douleur et permet même de retarder la chirurgie (perdre 5 kg réduit le recours à une intervention de 25 %).

 

  • Les cancers

Certains cancers hormono-dépendants ou liés au système digestif sont plus fréquents chez les personnes obèses comme ceux de la prostate, des voies biliaires, des reins, de l'endomètre, du sein après la ménopause, de l'oesophage et le cancer colorectal. Selon l'OMS, l'obésité compterait pour un tiers dans l'apparition de ces cancers. Le fait que le taux sanguin d'insuline (un facteur de croissance) soit accru chez les obèses (hyper-insulinémie) pourrait favoriser la croissance cancéreuse. L'apport calorique pourrait intervenir (cancer du côlon), ainsi que l'excès d'estrogènes chez les femmes obèses dans le cancer du sein.

 

  • La stéatose hépatique

La surcharge du foie en gras (stéatose) est fréquente dans l'obésité. Ce peut être une stéatose pure (« foie gras ») sans inflammation ni trop de risque d'évolution, ou bien d'emblée un stade plus avancé appelé stéatohépatite non alcoolique (NASH). Cette dernière peut aller jusqu'à la cirrhose voire le cancer (carcinome hépatocellulaire). C'est aussi, à elle toute seule, un facteur de risque cardiovasculaire, d'hypertension et de diabète. Il suffit de perdre un peu de poids pour obtenir une forte diminution de la graisse hépatique mais aussi de la résistance à l'insuline, premier pas dans la maladie diabétique.

 

  • La lithiase biliaire

La formation de calculs biliaires est fréquente chez les personnes obèses, avec une augmentation transitoire lors de l'amaigrissement surtout lorsque la perte de poids est très rapide (suites de chirurgie de l'obésité ou bariatrique par exemple).

« Chez les personnes dont le poids dépasse de 20 % le poids idéal théorique, la prévalence de la lithiase est multipliée par deux, explique le Dr Didier Mennecier, Hépato-gastroentérologue et addictologue (Paris). Cela est dû à une augmentation de la synthèse et de la sécrétion biliaire du cholestérol. De plus, un régime hypercalorique favorise la formation des calculs. Il en est de même des régimes riches en acides gras polyinsaturés ».

 

  • L'hyper-uricémie

La forte concentration d'acide urique dans le sang est plus fréquente en cas d'obésité mais la raison en est encore mal connue. Elle peut entraîner des crises de goutte (accumulation de cristaux d'acide urique au niveau des articulations) ou des calculs rénaux. La perte de poids a un effet bénéfique.

 

  • Le reflux gastro-oesophagien

L'obésité abdominale et l'embonpoint (à l'origine d'une augmentation de la pression abdominale), ainsi qu'une forte consommation de lipides jouent un rôle prépondérant le reflux gastro-oesophagien (douleurs derrière le sternum et surtout un reflux d'acide de l'estomac vers la bouche).

 

  • Les cycles menstruels perturbés

L'absence de règles ou des irrégularités du cycle menstruel sont fréquentes chez la femme obèse. Des troubles hormonaux (excès d'androgènes) sont souvent associés, à l'origine d'une raréfaction des ovulations et une baisse de fertilité. Celle-ci peut aussi être due à un syndrome des ovaires polykistiques, plus souvent retrouvé chez les femmes obèses. Ce trouble hormonal provoque une augmentation inhabituelle de la production d'androgènes dans les ovaires, perturbant la production d'ovules. Au lieu d'être libérés au moment de l'ovulation, les ovules se transforment en kystes.

 

  • L'incontinence urinaire

L'obésité est bel et bien un facteur de risque de prolapsus génitaux ("descente d'organes") mais aussi souvent d'incontinence urinaire (risque multiplié par 1,5 à 2,5). Il semble que tous les types d'incontinence (à l'effort et par impériosité) soient touchés. De plus, l'obésité accroit la sévérité d'une incontinence urinaire. La pression abdominale due au surpoids serait principalement en cause et la perte de poids améliore très nettement les symptômes.

 

  • L'hypertension intracrânienne

Plus fréquente chez les femmes obèses (jusqu'à 20 fois plus qu'en population générale) souvent jeunes vers la trentaine, elle se manifeste par des maux de tête tenaces, des vomissements et des troubles visuels. C'est une urgence médicale car il y a un risque d'atteinte de la vision.

 

  • Les troubles psychiques, de l'image de soi et sociaux

Dépression, syndrome anxio-dépressif, baisse de l'estime de soi... ces troubles sont plus fréquents chez les personnes obèses, mais difficile de déterminer quelle est la cause et la conséquence. L'aspect socio-économique dans l'obésité est majeur. L'obésité est cinq fois plus fréquente parmi les revenus les plus faibles comparé aux plus élevés. En plus d'être inégalitaire, l'obésité est source d'inégalités annexes: difficultés sociales et relationnelles du fait de la stigmatisation des personnes obèses dans notre société et de la culture de la minceur, difficulté d'accès à l'emploi à diplôme égal, niveaux de salaires plus bas, taux de chômage plus important...

Il y a environ 15% de personnes obèses en France** (1,2% d'obésité massive/sévère). Un chiffre qui a doublé en 15 ans (quadruplé pour l'obésité massive), avec une tendance à la stabilisation dans les classes socio-économiques les plus élevées mais à l'augmentation dans les catégories de revenus les plus faibles.


Source :

Hélène Joubert, journaliste scientifique

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