La solidarité, un gage d’harmonie entre les générations

La solidarité, un gage d’harmonie entre les générations

4 min / 4 avril 2022

Le vieillissement inédit de la population française fragilise le lien entre les générations. Avec d’un côté, un risque accru de dépendance des personnes âgées et, de l’autre, les aspirations d’une jeunesse qui fait face à ses propres difficultés (logement, emploi, crise climatique). Au milieu, les « quinquas » essaient tant bien que mal d’aider les deux générations. Dans ce contexte, et pour continuer à vivre en harmonie, la solidarité intergénérationnelle apparaît à la fois comme une force et un défi à relever.
 

Jamais dans l'histoire nous n’avions vécu un tel vieillissement de notre société. Les raisons ? La baisse de la mortalité infantile et celle du niveau de natalité, notamment en France, ainsi que des progrès médicaux qui accroissent l’espérance de vie. Résultat, d’ici à 2050, une personne sur six dans le monde aura plus de 65 ans, contre une sur onze en 2019. 

Une transition démographique qui n’est pas sans conséquences. Si la durée de vie augmente, celle en bonne santé, elle, stagne. Ce qui soulève la question de la dépendance d’une partie de la population et de sa prise en charge. « Nous sommes entrés dans la société du vieillissement, dont l’impact sur l’activité sociale et économique est réel », confirme Jean-Hervé Lorenzi, fondateur de la Chaire Transitions Démographiques, Transitions Economiques* (TDTE).

L’économiste résume à grands traits : « Les pays vieillissants sont moins dynamiques, beaucoup de financements publics sont alloués à la dépendance, au détriment de la formation, par exemple. L’épargne des seniors n’est pas investie dans des secteurs innovants : technologie, numérique, environnement, etc. Il y a de fait une compétition entre les générations, en particulier entre les milléniaux et les papy-boomeurs ».

Les moins de 30 ans doivent affronter une paupérisation tendancielle (ils gagnent, en France, moins que la classe d'âge des retraités), des difficultés de logement, d’insertion sur le marché de l’emploi, la crise climatique, etc. Dans ce contexte, se tramerait-il une possible rupture des liens entre générations ? « Il y a certes des tensions, mais pas de guerre des générations », tempère Jean-Hervé Lorenzi. 

 

De plus en plus d’initiatives 

Comment, dès lors, garantir un juste équilibre entre une nécessaire compétition et l’indispensable harmonie entre les quatre grandes générations – jeunes, actifs, retraités et grand âge ? Pour répondre à cet enjeu majeur, un concept émerge : celui de solidarité intergénérationnelle. Dans ces échanges entre plusieurs générations, chacun essaie d’obtenir des autres les éléments dont il a besoin. Il peut s’agir de services matériels, financiers, sociaux, etc. Pilier de l’entraide entre les générations, elle est vectrice de cohésion. Depuis le début de la crise du coronavirus, cette notion a d’ailleurs été présentée comme un élément essentiel dans la lutte contre la pandémie.

En matière de solidarité intergénérationnelle, les initiatives se multiplient. Ici, un fils qui aide à financer les coûts de l'Ehpad où doit séjourner sa mère âgée. Là, des grands-parents qui gardent leurs petits-enfants. En France, on compte 11 millions d’aidants qui prennent soin d’un proche malade, dépendant, handicapé. En 2021, le ministère chargé de l’autonomie et le secrétariat d’État chargé de la jeunesse et de l’engagement ont lancé un programme de 10 000 missions de service civique, au travers de la mobilisation nationale « service civique solidarité seniors ». Ces jeunes accompagneront, au cours des trois prochaines années, près de 300 000 personnes âgées isolées.

Depuis quelques années, des colocations d’un nouveau genre émergent, avec des étudiants qui logent chez des personnes âgées. En échange d’un loyer à bas prix, les jeunes s’engagent à rendre des petits services, offrir des moments de convivialité, une présence. Utile, lorsqu’on sait qu’en France, environ trois millions d’étudiants cherchent à se loger et deux millions de seniors vivent isolés. 

A plus grande échelle se développent aussi des habitations intergénérationnelles, qui désignent un ensemble de logements conçus pour accueillir différentes générations. Comme des étudiants, familles et personnes âgées. Citons enfin l’exemple des crèches implantées dans les Ehpad, où la présence d’enfants apporte une dose de gaieté et de plaisir dans le quotidien des résidents. Ces nombreuses initiatives prônent les valeurs de solidarité entre générations.

La solidarité, un gage d’harmonie entre les générations

 

Les mutuelles, un rôle crucial à jouer  

D’autres pistes méritent d’être explorées. Comme le tutorat par les retraités des 120 000 décrocheurs exclus du marché du travail. « Ces activités donnent aux seniors une place et un rôle dans la société. En restant actifs et utiles, ils rendent service à la société, cimentent le lien entre les générations », insiste Jean-Hervé Lorenzi. Et de compléter : « Il faut donc anticiper, accompagner l’engagement des seniors dans la vie associative, dans des petites entreprises locales, développer des outils comme la validation des acquis des formations courtes ». 

Les mutuelles ont également un rôle crucial à jouer dans le développement de l’entraide intergénérationnelle. Pour Jean-Hervé Lorenzi : « Elles entretiennent le lien entre le vieillissement actif et l’enjeu de santé publique. Elles produisent des réponses innovantes, ont une action de proximité qui permet de révéler tous les atouts de la solidarité intergénérationnelle et sont essentielles dans la relation de confiance qu’entretiennent les différentes classes d’âges entre elles. Alors que la dépendance va prendre une part croissante dans les dépenses de santé, les mutuelles vont devoir assumer cette nouvelle exigence ».

 
La Fondation d’entreprise La Mutuelle Générale, par exemple, est un acteur engagé pour créer de l’harmonie, de la cohésion et de la bienveillance entre les générations. Elle est notamment partenaire de la Chaire Transitions Démographiques, Transitions Economiques en finançant un projet de recherche destiné à réaliser une étude exclusive sur l’impact des dispositifs d’accompagnement en entreprises en faveur des proches aidants. 

« Les défis d’une société vieillissante sont largement devant nous », conclut Jean-Hervé Lorenzi. La Chaire TDTE a récemment publié dix propositions pour un nouveau contrat social qui met les relations intergénérationnelles en son cœur. Parmi celles-ci figure par exemple la création d’un ministère des Relations intergénérationnelles qui assurerait la continuité des parcours de vie pour développer une société harmonieuse entre générations. 

Pour en savoir plus, écoutez le podcast « Entre eux et nous » : à Jouy-en-Josas dans les Yvelines, l'association Habitat et Humanisme accueille 70 personnes de tous âges dans deux petits immeubles. D’un côté, une pension de famille où sont logées des personnes en difficulté. De l’autre, des locataires éligibles aux logements sociaux. En couple, en famille ou à travers une colocation étudiante, ils viennent trouver là des habitations à petits prix mais aussi une solidarité.

 

* La Chaire Transitions Démographiques, Transitions Economiques (TDTE) est un lieu de recherche et de débat sur l’impact du vieillissement et de la longévité sur l’économie et la société en France. Elle est soutenue par la Fondation d’entreprise de la Mutuelle Générale. 

 

Eric Allermoz, journaliste 

 

Sources : 
- Personnes âgées isolées : ministère de la santé et des solidarités  – octobre 2021
- Aidants : article de France Info – septembre 2021
- Service civique senior : ministère de la santé et des solidarités – mars 2021