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La Mutuelle Générale

Réseaux sociaux, la société du paraître ?

Article créé le 19 Août 2015

Des millions d’internautes s’affichent sur les blogs et les réseaux sociaux. Cette forme d’exhibitionnisme traduit-elle une vraie volonté de partage ou un souci de mise en scène de sa vie ? L’éclairage de Michael Stora, psychanalyste, et de David Morin- Ulmann, sociologue et philosophe, tous deux membres de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines.

Des femmes exhibent leur ventre rond, des pères racontent le bobo du petit dernier, des blagues privées s’échangent sur les « murs » publics, untel s’annonce « en couple », unetelle publie « sa » pensée philosophique du jour. L’affichage de soi demeure la principale activité des membres des réseaux sociaux, qui représentent 86 % des internautes français. S’il est un site où cet exhibitionnisme règne en maître, c’est Facebook qui rassemble à lui seul les deux tiers des inscrits. « Hors connotation sexuelle, l’exhibitionnisme n’est pas problématique, c’est même intéressant s’il est créatif, remarque Michael Stora, psychanalyste et membre fondateur de l’Observatoire des mondes numériques. Mais là, c’est le contraire : un grand nombre d’internautes mettent en scène leur banalité, de façon lisse, contrôlée et normative. »

L’image d’un idéal social

Facebook et les autres réseaux sociaux survalorisent le positif, en concordance avec les injonctions de la société qui nous exhorte à être heureux et performants. « L’interface est un aveu puisque l’option “je n’aime pas’’ a été supprimée. On ne peut donc se manifester qu’en “aimant’’ une photo, un statut, poursuit Michael Stora. Les critiques ou le second degré ont disparu des profils. Personne ne dit publiquement qu’il ne va pas bien. » Là où la liberté d’Internet pourrait favoriser la transgression, elle conforte le modèle dominant : avoir une belle vie sexuelle, de couple ou de famille, être entouré, actif et intéressant. Soit la projection d’un idéal qui n’existe pas ! « J’ai des patientes qui s’affichent avec leurs enfants alors qu’elles sont des mères absentes », rapporte Michael Stora.

Car si tout un chacun allait aussi bien qu’il le prétend sur Internet, la validation par les amis et amis d’amis, cercles et autres « followers » (ou « suiveurs ») ne serait sans doute pas si importante. « Pourtant, elle compte plus que l’affichage en soi, qu’elle soit quantitative via le nombre de “like’’ ou qualitative selon le contenu des commentaires, souvent sans intérêt », relève Michael Stora. Pour le sociologue et philosophe David Morin-Ulmann, ce besoin de reconnaissance n’est pas nouveau. « Il existait déjà à l’époque des sociétés de cour, mais il s’est révélé et largement amplifié à l’ère de la démocratie et d’Internet, de l’égalité et de la ressemblance. Il faut se comparer et se distinguer pour exister, cela répond à la peur fondamentale dans nos sociétés du manque de sens. Nous nous rendons hypervisibles par peur de disparaître ». Avec, au final, ce paradoxe qui veut que cela produise surtout de l’inconsistance.

Fragilité narcissique

Selon Michael Stora, ce phénomène révèle une «fragilité narcissique » semblable à celle du jeune adulte qui, enfant, n’a pas été regardé assez amoureusement par ses parents. Une question de génération. « De nombreux membres des réseaux sociaux sont des trentenaires et quadragénaires, fils de baby-boomers soixante-huitards. Ils ont été idéalisés par des parents hyperattentifs qui ont créé un nouveau conservatisme : un idéal d’amour et de réalisation personnelle, analyse le psychanalyste. Les internautes cherchent sur les réseaux une valorisation et une bienveillance qu’ils peinent à trouver au travail ou dans les rapports humains. Et le jeunisme ambiant n’aide pas à couper le cordon avec ce regard validant des autres. » Avec des résultats plutôt partagés. Des études ont en effet montré que l’adepte des réseaux sociaux tend à s’auto-déprécier en surévaluant le bonheur apparent des autres. Les réseaux n’ont d’ailleurs pas empêché la progression du sentiment de solitude : 49 % chez les 18-24 ans, 39 % pour les autres catégories, selon une enquête TNS-Sofres de 2014.

Pourtant, ces sites répondent aussi à une volonté de partage : d’une musique qu’on aime, d’un article de qualité, d’un projet à cofinancer, etc. « C’est vrai, mais c’est paresseux et superficiel. Le plus souvent les liens sont postés sans réflexion. Et on en reçoit vingt par jour, c’est impersonnel », déplore Michael Stora. En matière d’échanges, les forums et les blogs créatifs sont plus intéressants. Ceci dit, David Morin-Ulmann remarque une évolution dans la gestion des réseaux sociaux, davantage connectés à la vie réelle. « Ils servent de plus en plus de relais pour se rencontrer, se rassembler autour d’un dîner, d’un concert, d’une manifestation ou d’une randonnée urbaine à vélo ».

Ados sur les réseaux sociaux : que doivent faire les parents ?

Selon une récente enquête Ifop, 86 % des 18-24 ans sont sur Facebook, quoi qu’ils le délaissent pour Twitter ou Snapshat où, observe Michael Stora, « les photos postées s’autodétruisent en dix secondes ». Bref, plutôt privilégier Snapshat pour s’afficher dans des poses ridicules en déjouant le contrôle des parents ! « Amis » de leurs enfants sur les réseaux pour mieux les surveiller, les parents invoquent leur inquiétude face à un monde numérique permissif. « À l’adolescence, cet exhibitionnisme narcissique est naturel », rassure le psychanalyste. « Les ados n’ont que leur corps et le nom de leurs parents, renchérit David Morin-Ulmann. Les réseaux sociaux sont leur façon de créer du lien. » De plus, Internet peut aider un ado timide à dévoiler son intériorité. Mais le Web a aussi une face sombre. Jeux dangereux, harcèlement, voire pédophilie… « Ces risques existent dans la réalité, Internet ne fait que les relayer et les amplifier, souligne Michael Stora. Il faut être attentif chez son enfant à tout signe d’enfermement, d’angoisse ou de tristesse sans colère, et lui faire comprendre qu’il peut se confier. Le plus important, ce n’est pas l’interdiction, mais la communication. » Comme pour toute autre forme d’apprentissage, finalement.

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