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La Mutuelle Générale
Réparer les vivants

    Interview de Katell Quillévéré - Réalisatrice

    D’où est venu le désir d’adapter le roman de Maylis de Kerangal ?

    C’est David Thion, co-producteur du film, qui m’a offert Réparer les vivants, quelques jours après sa sortie. Il avait adoré ce livre et pensait qu’il pourrait me plaire. J’avais déjà lu deux autres romans de Maylis de Kerangal – Corniche Kennedy et Naissance d’un pont – et j’ai dévoré celui-ci en cinq heures, avec une évidence très forte : je devais essayer d’en faire un film.

    J’ai fait confiance à la puissance de mon désir, qui était au départ très instinctif, mais dont j’ai mieux compris les raisons profondes pendant l’écriture du scénario. Il entrait une part de catharsis dans ce projet, l’envie de transformer mon propre vécu de l’hôpital. Finalement, cette adaptation m’est tout aussi personnelle que mes films précédents. Et puis ce livre était la promesse d’une aventure cinématographique très forte. À travers le voyage de cet organe, il y avait la possibilité de filmer le corps de manière à la fois anatomique, poétique, métaphysique… Comment filme-t-on l’intérieur du vivant, que transgresse-t-on en explorant cet endroit-là ? Ce défi de cinéma, mélangeant trivial et sacré me renvoyait à mon premier long métrage, UN POISON VIOLENT. Par ailleurs, je venais de découvrir avec fascination The Knick, la série de Soderbergh sur les débuts de la chirurgie. Je trouvais passionnant d’avoir la possibilité de représenter des scènes d’opération.

    Le livre avait été un énorme succès, cela vous intimidait-il ?

    J’ai ressenti une pression au moment où Maylis m’a dit oui. J’étais la plus heureuse du monde et en même temps, j’avais un poids sur mes épaules. Heureusement, quand on est rentré dans le travail avec Gilles, cette sensation a commencé à disparaître. J’avais absolument besoin de raconter cette histoire. C’est la nécessité face à cette oeuvre qui m’a tenue et m’a permis de ne pas trop avoir peur. Il entrait aussi sans doute beaucoup d’inconscience. Et tant mieux, sinon tu n’avances pas. Et puis je fabrique mes films avec des gens très proches de moi. Quand je les retrouve, j’ai l’impression d’être en famille et d’inventer avec eux, en liberté totale.

    SUZANNE était centré sur peu de personnages et se déroulait sur 20 ans. RÉPARER LES VIVANTS met en scène une multiplicité de rôles sur 24 heures…

    C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de faire cette adaptation : pour me lancer un nouveau défi de narration, de temporalité. J’ai le désir de faire des films ouverts sur le public qui ne cèdent rien à mon exigence vis àvis du cinéma, en tant que langage.

    Pendant l’écriture du scénario, j’étais habitée par l’idée de construire une « chanson de gestes » – terme employé aussi par Maylis au sujet de son livre. Je voulais construire un récit qui ne soit ni une chronique, ni un film choral, un film de relais, sans personnage principal. Tout l’enjeu de l’écriture (au scénario puis montage) était de parvenir au juste équilibre, pour que chacun trouve sa place et existe dans son espace et son élan de vie. Il fallait que par les moyens du cinéma, on soit suffisamment pris au niveau sensoriel pour se laisser emporter dans un pur mouvement.

    Chaque personnage, tout en ayant une identité très forte, est le maillon d’une chaîne suspendue entre une mort et une vie. Le coeur du film est la question du lien entre ces individus et comment s’organise cette chaîne pour prolonger une vie, pour transformer la mort.

    Le film est toujours en mouvement mais ne joue pas la course contre la montre. S’il y a urgence, elle est davantage d’ordre émotionnel.

    L’écueil aurait été d’être du côté de l’enjeu narratif : qui va mourir ? Les parents vont-ils accepter le don ? Qui va recevoir le coeur? Est-ce que la receveuse va vivre ? Les véritables enjeux sont à côté : raconter cette histoire dans une temporalité affective plus profonde.

    Mais comment raconter une histoire qui se passeen 24 heures en jouant tout sauf la montre ? Le roman offre des digressions temporelles permanentes en plongeant dans l’intériorité des personnages, leurs souvenirs. J’ai choisi d’être davantage dans le pur présent, faire exister les personnages à travers leurs gestes, leur travail, les mots qu’ils emploient… Tout en s’autorisant aussi des digressions, mais propres au langage cinématographique, notamment en prenant son temps à des moments où on ne devrait pas, comme lorsqu’on s’attache à la receveuse au début de la deuxième partie sans qu’on sache encore qui elle est.

    Je voulais m’autoriser à observer des êtres avant qu’ils ne jouent leur rôle dans le récit. Quand jetournais ces moments-là, je me disais que mon film faisait l’école buissonnière, et je misais sur le plaisir que le spectateur pourrait ressentir lui aussi dans ces moments de parenthèse dramaturgique. Le film est alors dans une temporalité presque abstraite, avant de replonger dans les enjeux vitaux et médicaux. Pasolini disait que pour qu’un film soit réussi et vivant, il devait contenir de l’hétérogénéité, voir de la collision. Je crois beaucoup à cette idée.

    Je voulais faire un film qui n’ait de cesse de serpenter et de muer, sur le plan narratif et esthétique, toujours guidé par la nécessité. Son début peut nous évoquer à travers son énergie adolescente le « teenage movie » qui, fauché par cette vague se heurte à la réalité d’une esthétique plus brute une fois la mort survenue dans l’hôpital, mais lorsque l’on s’ouvre au personnage d’Anne Dorval, et qu’avec elle, la vie reprend ses droits, c’est l’esthétique du mélodrame qui surgit, et l’influence de Douglas Sirk.

    RÉPARER LES VIVANTS raconte aussi l’ampleur des moyens mis en oeuvre par toute une communauté pour sauver une seule vie…

    Le don d’organes se fonde vraiment sur un principe de solidarité, ne serait-ce que du point de vue du droit. En France, à partir du moment où tu n’as pas dit que tu étais opposé à donner tes organes, tu es un donneur potentiel.

    Ces principes structurent la pensée de notre société, du comment vivre ensemble. L’idée qu’une communauté mette tout en oeuvre pour qu’une vie se prolonge est très belle et je voulais montrer comment cela s’organise : affréter un avion, prévoir des taxis, des flics, des chirurgiens de pointe. Cela coûte de l’argent mais tout le monde y a droit. J’espère avoir fait un film humaniste qui redonne la sensation du lien, de ce que ça peut vouloir dire de se sentir appartenir à une famille, un groupe, à une société. Je trouve que c’est très important aujourd’hui par rapport à beaucoup de choses que l’on traverse. Un coeur s’arrête de battre pour prolonger la vie d’un autre… c’est un grand voyage, pendant lequel l’individu reconnaît son appartenance à une chaîne, à un « Tout ». Il est relié.

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