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Quand le caractère devient difficile avec l'âge

Parfois la vieillesse semble modifier le caractère d’une personne : elle donne l’impression de s’endurcir, au désarroi des proches qui ne savent plus communiquer avec elle. Mais cette agressivité cache souvent une souff rance physique ou psychique. Comment réagir ? Les conseils du Dr Jean-Claude Monfort, psychogériatre.

Publié le 06/02/21
Temps de lecture 6 min

« Il est insupportable », « Elle est méchante », « Je ne la reconnais plus », « On ne peut plus lui parler »… Des mots de proches ou de soignants désemparés face à des aînés avec lesquels la communication semble bloquée ou douloureuse, source d’opposition systématique, de mots blessants ou de chantage affectif. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle la vieillesse adoucit et rend sage, il arrive que des personnes âgées donnent la sensation de devenir plus difficiles avec les années.

Impression ou réalité ? « C’est un fait réel que l’on observe, mais le problème est plus complexe et on ne saurait le réduire à une histoire de caractère qui s’endurcit », assure le Dr Jean-Claude Monfort. Avec des confrères, il a participé à la mise en place d’un outil d’évaluation appelé « Échelle des personnes âgées difficiles » (Epade). L’estimation s’articule autour de 16 données qui renvoient toutes à des situations précises (voix hostile, alimentation impossible, fugues, soins avec négociation, etc.).

Paroles inquiétantes ou actes déconcertants, violence active ou passive… « Quatre critères suffisent à rendre la situation insupportable pour l’entourage », reconnaît le Dr Monfort. « Mais cela cache toujours quelque chose, jusque-là resté invisible. »

Faire une check-list

Prétendre que les défauts s’amplifient avec l’âge, c’est faire fausse route. Les tempéraments changent peu au cours de la vie. Des circonstances difficiles ou extrêmes sont cependant à même de révéler des pans enfouis de la personnalité. Or, comme l’adolescence, la vieillesse est une période délicate, avec son lot de mutations, d’incompréhension et d’angoisses profondes. « À l’adolescence, c’est la vie devant soi qui est source de stress. Quand on est vieux, on a la mort devant soi.

Des questions existentielles se posent et les personnes sont fragilisées par une succession de pertes : travail, proches, logement, santé, autonomie… », explique le Dr Monfort. Autrement dit, ce sont plutôt les repères fondamentaux qui changent. L’agressivité peut alors être une manière de compenser des frustrations, de reprendre le contrôle ou de communiquer. « Même s’il est fréquent que des personnes âgées se servent de l’argent ou de l’amour comme levier, ce n’est pas normal. Cela exprime quelque chose, reste à savoir quoi. » Comment identifier ce qui se passe ? « Il faut être présent, attentif, calme, et chercher à comprendre », reprend le psychogériatre.

L’entourage doit s’interroger et se demander ce qui a changé dans l’environnement de la personne : y a-t-il une douleur, une maladie ou une source d’inconfort physique ? L’animal de compagnie est-il mort ? Le voisin qui avait l’habitude de passer est-il absent ? Y a-t-il eu un changement dans le traitement médicamenteux, quand il existe ? « Un médicament ou un mélange de médicaments peut rendre cotonneux, un peu comme si la personne avait bu », souligne le Dr Monfort. « C’est un peu comme une check-list, il faut tout vérifier. »

Savoir écouter

Les raisons qui peuvent altérer le caractère ne manquent pas. « Il peut s’agir d’un abcès dentaire : la personne ne sait plus comment le dire, elle se met dans un coin et boude, refuse de manger. Elle peut aussi être gênée par une constipation de plusieurs jours… ». En outre, chez les seniors, beaucoup de maladies – infarctus, fracture du col du fémur – peuvent être indolores, mais affecter leur état, les rendre « insupportables ». Il faut également penser à des détails du quotidien, sources potentielles d’inconfort, comme « une languette retournée à l’intérieur du chausson ». Enfin, il ne faut pas négliger la souffrance psychique.

La personne âgée peut être angoissée, dépressive (1 cas sur 10) ou chagrine, et avoir le sentiment de ne pas être écoutée, entendue. C’est aussi une période de la vie qui peut raviver des souvenirs douloureux, des secrets lourds à porter. Face à cet éventail de possibilités, mieux vaut éviter de la bombarder de questions, mais se montrer humble, adopter une écoute ouverte et généreuse pour identifier ce que la personne exprime quand elle râle ou ressasse. Il est préférable aussi de proscrire les phrases toutes faites, du genre « Il faut bien », « C’est pas grave » ou « Tu devrais… ». Elles manqueront leur but, à savoir celui de rassurer ou de convaincre. Pas de conversation possible, en effet, sans respect. En se sentant reconnue, la personne âgée pourra plus aisément s’apaiser.

Avis d’expert : Alzheimer : quelle attitude face aux accès d’agressivité ?

Aux différents stades de son évolution, la maladie d’Alzheimer entraîne des troubles du comportement. « Si l’apathie est la plus fréquemment observée (70 % des cas), certains patients font preuve d’agitation et d’agressivité, essentiellement verbale, des manifestations face auxquelles l’entourage est très souvent démuni », indique le Dr Florence Bonté, médecin responsable de l’hôpital de jour psychogériatrique à la Fondation Sainte-Marie (Paris). Conséquence, les réactions des proches sont généralement inappropriées.

Le Dr Bonté conseille aux aidants de participer à des ateliers thérapeutiques qui leur permettront de mieux comprendre la maladie, d’en avoir moins peur et, donc, de mieux gérer le quotidien avec le malade. « Face à une situation anormale, il faut en règle générale avoir une démarche d’analyse. Un exemple : un malade à qui l’on propose d’aller chez le coiffeur s’obstine à refuser de s’y rendre. Il se peut qu’il n’ait tout simplement pas bien entendu ou qu’il ne sache plus ce que cela signifie d’aller chez le coiffeur. Résultat, son refus est moins lié à la proposition qui lui est faite qu’à une mauvaise compréhension. » Dans tous les cas, ne jamais répondre à l’agressivité par l’agressivité, plutôt veiller, au contraire, à apaiser l’anxiété du malade, et par ce biais, à restaurer son estime de soi et maintenir ses capacités.

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