5 conseils pour bien vieillir chez soi
Comment continuer à vivre chez soi le plus longtemps possible ? Voici 5 conseils simples pour préserver son autonomie, sa santé et son plaisir de vivre.
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Ils lisent pour ceux qui ne le peuvent plus. Depuis plus de cinquante ans, les bénévoles de l’Association des donneurs de voix – Bibliothèques sonores se mobilisent pour permettre aux personnes aveugles, malvoyantes ou dyslexiques de continuer à apprendre, à s’informer ou simplement à rêver. Reportage à la Bibliothèque sonore de Lille.
Le silence s’est fait dans la pièce. Sur la table, le premier roman de Ruben Barrouk, Tout le bruit du Guéliz. Assis face à son ordinateur, dans l’une des salles de la Bibliothèque sonore de Lille, Pierre-Michel ajuste son micro-casque, prend une inspiration, puis commence à lire :
- « Il y avait à Marrakech, dans le quartier du Guéliz, un bruit, un mystérieux bruit, qui s’était installé dans un appartement, au premier étage du 66 avenue Al-Mâ’ Az-Zarh… »
Sa diction est nette. Son ton juste, sans emphase. Par moments, sa voix se colore légèrement – une nuance plus chaude, une note plus basse –, juste assez pour suggérer une émotion sans jamais l’imposer.
Soudain, il s’interrompt. Sa main revient sur la souris, le regard rivé à l’onde sonore qui se déploie à l’écran. « Il y a eu une petite hésitation dans ma voix. Je vais réenregistrer ce petit bout », murmure-t-il avant de relancer l’enregistrement.
Depuis six ans, Pierre-Michel prête sa voix à ceux qui ne peuvent plus lire. À l’heure de la retraite, cet ancien professeur cherchait un engagement utile, mais compatible avec une vie bien remplie.
« Le don de voix me permet de rester utile sans renoncer à mes proches ni à mes activités. On pratique quand on veut, dix minutes ou trois heures. Et de chez soi si on le souhaite. » Il sourit : « On peut même enregistrer un texte en vacances, il suffit d’emmener son ordinateur. »
Pierre-Michel fait partie des quelque 3 000 bénévoles de l’Association des donneurs de voix (ADV) – Bibliothèques sonores. Créée à Lille en 1972 par Charles-Paul Wannebroucq, un ophtalmologiste frappé par la détresse de ses patients soudain privés de lecture, l’association a essaimé partout en France.
Un demi-siècle plus tard, elle compte une centaine de bibliothèques sonores qui, toutes, poursuivent une même mission : enregistrer des livres et des revues pour les rendre accessibles gratuitement aux « personnes empêchées de lire ».
Aujourd’hui, plus de 80 000 ouvrages sont disponibles, dont 25 000 en téléchargement direct. Et près de 32 000 audiolecteurs en bénéficient.
Prêter sa voix n’est pas pour autant une sinécure. « L’enregistrement d’un livre demande un vrai investissement », confirme Pierre-Michel. Il y a d’abord le temps de la lecture, « cinq, dix, voire vingt heures » selon les ouvrages.
Vient ensuite « la post-production ». Il faut réécouter le texte, vérifier chaque phrase, supprimer les souffles, les bruits de bouche ou les hésitations. « Pour une heure d’enregistrement, environ trois heures de correction sont nécessaires. »
Chaque donneur de voix avance à son rythme. « La moyenne, c’est quatre ou cinq livres par an, mais les plus assidus peuvent aller jusqu’à un par mois. » La seule règle est de ne pas dépasser six mois pour enregistrer un ouvrage, « pour ne pas bloquer la disponibilité du livre ».
Si les donneurs de voix sont au premier plan, toute une équipe les accompagne pour trier les demandes, vérifier les fichiers, préparer les envois, gérer les retours… Claudine Barideau, présidente de l’ADV, les appelle des « donneurs de temps ».
« Pour qu’une voix arrive jusqu’à l’oreille d’un audiolecteur, il faut un back-office solide. Nous n’avons qu’un seul salarié au niveau national. Tout le reste repose sur les bénévoles », rappelle-t-elle.
L’association fonctionne grâce aux dons, au mécénat et aux subventions locales. Une économie fragile, mais qui tient depuis plus de cinquante ans grâce à l’obstination de ses membres.
Chaque bibliothèque sonore se vit comme une structure autonome, avec son comité de gestion, ses projets, sa manière de s’organiser. Une architecture décentralisée qui évite la lourdeur administrative et ancre l’action dans le quotidien des territoires.
À Lille, le week-end est consacré à l’enregistrement des revues. « Les hebdos sortent le jeudi, ils doivent être disponibles le lundi », explique Charles Wannebroucq, directeur de la bibliothèque et fils du fondateur, revenu dans l’association au moment de sa retraite. « C’est un sprint tout le week-end pour permettre à nos bénéficiaires de pouvoir suivre l’actualité. »
Les revues, ce n’est pourtant pas ce qui intéresse le plus Nicole. À 77 ans, elle souffre d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une maladie qui altère sa vision centrale. « Je ne vois plus les lettres ni les visages, tout est déformé, brouillé. C’est très dur. »
Ce jour-là, elle est venue récupérer un livre audio spécialement enregistré à son intention : La vie après la vie, du Dr Raymond Moody. Elle en parle avec une émotion à peine contenue.
Ses amies ont longtemps cherché un exemplaire de cet ouvrage publié en 1984. Sa fille en a finalement trouvé un et le lui a offert à Noël. « Mais c’était trop tard, je ne pouvais déjà plus lire », dit-elle en haussant légèrement les épaules. Alors, elle l’a apporté à l’association pour qu’on lui enregistre.
Lorsqu’on lui tend le CD, elle le saisit à deux mains, comme un objet fragile. « J’attends de le “lire” depuis si longtemps », explique-t-elle. Dès demain, elle écoutera son livre d’une traite, confortablement assise dans son fauteuil. « Quand je “lis”, je suis tellement dans l’histoire qu’il faut que j’aille jusqu’à la fin, quitte à me coucher au petit matin », avoue-t-elle.
Nicole fait figure d’exception : la plupart des audiolecteurs ne franchissent jamais la porte de la bibliothèque sonore. Ils reçoivent leurs CD par la Poste ou téléchargent leurs livres directement sur la plateforme de l’association.
Si Nicole se déplace, c’est uniquement parce qu’elle habite à deux rues de là et que son auxiliaire de vie, Corinne, peut l’accompagner. Elle vient tous les quinze jours pour emprunter de nouveaux CD. « La lecture, c’est une passion ! », dit-elle.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, lire à voix haute ne s’improvise pas. Avant d’enregistrer leurs premiers livres, les donneurs de voix doivent suivre une formation. On leur apprend à utiliser les logiciels, à placer leur voix, à gérer leur souffle…
Des ateliers abordent aussi l’interprétation : comment suggérer une émotion, comment ménager des silences sans dérouter les audiolecteurs.
« Il faut traduire l’émotion, l’action, souligne Pierre-Michel. Mais ces changements de ton, de rythme, ne doivent pas conduire à surjouer le texte. Nous ne sommes pas des comédiens. L’audiolecteur doit toujours conserver la possibilité d’exercer sa propre imagination, de se faire sa propre représentation mentale du texte qu’il est en train d’écouter », insiste-t-il.
Depuis quelques années, le public de l’association s’est élargi. Aux personnes aveugles ou malvoyantes se sont ajoutées les personnes atteintes de troubles « dys », pour qui la lecture constitue un obstacle de taille.
C’est le cas de Jade, aujourd’hui en deuxième année de licence Métiers de la culture. « Lorsqu’elle était enfant, Jade lisait presque lettre par lettre. Elle comprenait le sens des mots, mais jamais celui de la phrase », se souvient Nathalie, sa mère.
En CM2, le diagnostic tombe : dyslexie et dysorthographie sévères. À la maison, ses parents s’organisent. Ils lisent tout pour elle : les cours, les livres, les contrôles. « On n’en pouvait plus, on passait nos soirées à enregistrer ses cours », raconte Nathalie.
Puis une orthophoniste leur parle de l’ADV – Bibliothèques sonores. Pour Jade et ses parents, c’est une libération. « Elle pouvait enfin écouter ses livres quand elle le voulait, sans attendre qu’on soit disponible. Elle avait la même autonomie que ses camarades. »
Sans les donneurs de voix, Jade n’aurait sans doute pas pu poursuivre une scolarité ordinaire. « L’ADV a changé sa vie et la nôtre », assure Nathalie. Depuis, elle et son mari ont rejoint l’association.
Quant à Jade, elle continue ses études, portée par les voix de ces hommes et de ces femmes qui, comme Pierre-Michel, se mobilisent chaque jour pour permettre à tous ceux qui ne peuvent plus lire de renouer avec le plaisir des livres.
Pour en savoir plus : Association des donneurs de voix – Bibliothèques sonores
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