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Troubles de la mémoire : quand faut-il s’inquiéter

Doctopress
Publié le 21/09/26
Temps de lecture 4 min

Un prénom qui échappe, un mot qui reste « sur le bout de la langue », un rendez-vous oublié… Les trous de mémoire deviennent plus fréquents avec l’âge et inquiètent souvent les seniors, qui redoutent d’y voir les prémices d’un trouble plus grave, comme la maladie d’Alzheimer. Ces oublis sont-ils forcément pathologiques ? Quels signes doivent alerter et quand faut-il consulter ? Les réponses du Dr Antoine Carmi, neurologue au centre médical et dentaire Jack Senet de La Mutuelle Générale, à Paris.

Quels sont les différents types de mémoire ?

Docteur Antoine Carmi – Il existe cinq grands types de mémoire. 

La mémoire épisodique est celle de notre vécu personnel, c’est une mémoire autobiographique. La mémoire sémantique regroupe les connaissances générales, le fait qu’on sache que Rome est la capitale de l’Italie ou que la Terre est ronde, par exemple. La mémoire perceptive est liée à ce que nous percevons grâce à nos cinq sens. La mémoire procédurale est celle des habiletés, des automatismes, comme savoir faire du vélo, jouer de la guitare ou tout simplement marcher. Enfin, il y a la mémoire de travail – ou mémoire exécutive –, qui permet de retenir une information le temps d’accomplir une tâche.

Pourquoi parle-t-on si souvent de la mémoire épisodique ?

A.C. – Parce qu’elle touche à notre histoire personnelle. Elle est intimement liée aux émotions, au temps et à l’espace. C’est elle qui enregistre les événements de la vie. Et c’est elle aussi dont l’atteinte se remarque souvent à travers l’oubli des faits récents.

 

Rencontre avec Dr Antoine Carmi, neurologue au centre médical et dentaire Jack Senet de La Mutuelle Générale (Paris). 

Quand la mémoire nous joue des tours.

Découvrez notre interview

Comment se forme un souvenir ?

A.C. – La mémorisation suit plusieurs étapes. D’abord, la réception de l’information, puis son encodage, qui va permettre de l’enregistrer. Viennent ensuite le stockage et la consolidation, le plus souvent par la répétition. C’est ce qui se passe quand on apprend par cœur un poème ou une chanson. Enfin, il y a la restitution, autrement dit la capacité à récupérer l’information quand on en a besoin.

Est-il normal d’avoir davantage de trous de mémoire en vieillissant ?

A.C. – Oui, avec l’âge, retrouver un mot, par exemple, peut devenir moins spontané. Cela ne signifie pas forcément qu’il y a une maladie : cette évolution peut être liée à l’âge et relever d’un phénomène physiologique. En vieillissant, on perd des neurones, et au-delà d’un certain âge, cette perte est beaucoup plus significative. Or moins il y a de neurones, plus il devient difficile de retenir des mots, des noms, etc. L’important est de continuer à faire l’effort de chercher, de solliciter sa mémoire et de rester intellectuellement actif. 

Un mot « sur le bout de la langue » est-il inquiétant ?

A.C. – Non, cela montre que l’information est toujours là, mais que son accès est momentanément difficile. Mais il ne faut pas abandonner trop vite : faire un effort de rappel est déjà une manière d’entretenir sa mémoire.

Quelles sont les principales causes des troubles de la mémoire ?

A.C. – Le premier, c’est le manque de sommeil. Une mauvaise nuit perturbe clairement la capacité à retenir et récupérer les informations. La fatigue, le surmenage et le stress perturbent aussi la mémoire. Et puis il faut citer les toxiques, notamment l’alcool à fortes doses et les drogues, qui ont des effets neurotoxiques.

Quels médicaments peuvent entraîner des pertes de mémoire ?

A.C. – Les médicaments psychotropes – qui agissent sur le cerveau – peuvent diminuer les performances mnésiques : anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs, neuroleptiques. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais les utiliser, car ils sont utiles. Mais il faut réévaluer régulièrement leur intérêt, limiter la durée de prescription et les accompagner d’une prise en charge psychologique pour, à un moment donné, arrêter le traitement chimique.

Quels signes doivent alerter ?

A.C. – Oublier ponctuellement un nom ou l’endroit où l’on a posé son téléphone n’a rien d’alarmant en soi. En revanche, certains oublis doivent faire réagir. Oublier une casserole sur le feu, ne pas penser à regarder à droite et à gauche quand on traverse la rue ou répéter sans cesse la même question sont des situations qui peuvent révéler un véritable trouble.

À lire aussi : Perte de mémoire : ces 5 signes qui doivent vous alerter

Répéter la même question peut donc être le signe d’un trouble de la mémoire immédiate ?

A.C. – Oui, surtout si la personne ne semble pas se souvenir qu’elle vient déjà de poser la question. Bien sûr, ça peut aussi être un problème d’attention. Ou révéler d’autres pathologies, comme une anxiété ou une dépression. La personne pose alors une question de façon automatique, car elle est socialement habituée à cela, mais ne s’intéresse pas à la réponse. Dans tous les cas, quand le doute s’installe, il vaut mieux consulter son médecin traitant.

Le fait de se plaindre de sa mémoire est-il plutôt rassurant ?

A.C. – Paradoxalement, oui. Une personne consciente de ses difficultés peut encore les compenser, faire un effort de rappel, demander de l’aide. Ce qui est le plus inquiétant, c’est lorsque l’entourage remarque les troubles, mais que la personne elle-même ne les reconnaît pas. C’est ce qu’on appelle l’anosognosie [un syndrome neurologique observé au cours de lésions cérébrales vasculaires ou dégénératives, ndlr].

Comment préserver sa mémoire en vieillissant ?

A.C. – Cela passe d’abord par l’hygiène de vie. Il faut lutter contre l’isolement, entretenir ses liens sociaux, dormir suffisamment, limiter les toxiques et garder une activité intellectuelle régulière. La lecture est particulièrement bénéfique, surtout si l’on raconte ensuite ce qu’on a lu : cela mobilise à la fois l’encodage, le stockage et la restitution de l’information.

Les jeux de mémoire sont-ils efficaces ?

A.C. – Mots croisés, sudoku, exercices de rappel… tout ce qui stimule le cerveau est utile, à condition d’y trouver un minimum de plaisir et d’intérêt.

L’activité physique aide-t-elle aussi à préserver la mémoire ?

A.C. – Elle est essentielle. En améliorant le fonctionnement cardiovasculaire, elle favorise aussi la circulation cérébrale. Un cerveau irrigué fonctionne mieux. Prendre soin de son cœur, c’est aussi prendre soin de sa mémoire.

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